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«L’informatique, ça n’a pas d’importance!»

Nicholas G. Carr est l’un des éditeurs très écoutés de la revue de l’Université Harvard. Il a publié dans l’édition de mai dernier un article sous le titre : «L’informatique, ça n’a pas d’importance!». Ce papier a soulevé de nombreuses réactions tant dans les sphères directoriales qui doutent toujours de la rentabilité de l’informatique et qui trouvent dans la publication de Carr des arguments qui alimentent leur scepticisme, que dans les directions des départements informatiques qui perçoivent cette chronique comme un coup de poignard qui leur est asséné dans le dos.

Quelle est la thèse de Carr? Elle est simple, pour ne pas dire simpliste : «aujourd’hui, les infrastructures informatiques existent; vous ne pouvez plus en obtenir des avantages concurrentiels appréciables car, en fait, tout ce que vous pouvez acquérir (matériels, produits, applications, services, etc.), vos concurrents ont la possibilité d’en faire autant. Il ne reste donc plus aux responsables informatiques que de réduire les coûts et de minimiser les risques.» L’objectif de Carr est de faire adopter aux dirigeants une attitude défensive face aux investissements informatiques.
Jusqu’où Carr a-t-il raison? Les chemins de fer, les services industriels, ou encore les télécommunications, sont des structures qui ont envahi nos sociétés; elles sont disponibles à des prix avantageux, elles sont standardisées. L’informatique est également devenue une infrastructure dans les entreprises et les organisations; elle est largement disponible, à des prix raisonnables; elle s’est standardisée. Ce qui signifie que l’informatique n’apportera des avantages concurrentiels que jusqu’au moment où vos concurrents disposeront également des mêmes outils. Par exemple, les entreprises n’obtiennent pas d’avantages stratégiques de l’électricité, mais si elles n’y ont plus accès, elles courent à la catastrophe. Il en est de même pour l’informatique. Gérer le risque et réduire les coûts deviennent donc, de l’avis de Carr, les seules responsabilités d’un responsable informatique.

Pourquoi Nicholas Carr, le gourou de Harvard, a-t-il tort? Il pense avoir découvert une nouvelle idée; mais cela fait plus de quarante ans que les informaticiens sont conscients de cette situation et il y a belle lurette qu’ils se méfient des fournisseurs qui leur proposent le nouveau produit qui va révolutionner leurs procédures. Carr se méprend sur la relation qui existe entre l’informatique et les avantages concurrentiels. L’informatique n’est qu’un outil; l’avantage appartient à celui qui en fait le meilleur et le plus intelligent usage. Tout le monde peut acheter une raquette de tennis, mais tout le monde ne peut remporter un tournoi à Roland-Garros ou Wimbledon.

L’informatique, c’est important! En tout cas, ça peut l’être! La technologie peut apporter de substantiels avantages à l’entreprise grâce aux procédures «réengineerées», aux savoir-faire de ceux qui conçoivent et mettent en œuvre des applications de pointe, ces mêmes attributs qui différencient les entreprises qui gagnent de celles qui perdent. J’ai dit «technologie» dans son sens le plus large et non pas les produits et les services informatiques qui attendent les acheteurs sur les rayonnages des fournisseurs.

Oui, l’informatique c’est important, n’en déplaise à Nicholas Carr. Lorsqu’elle est utilisée avec efficacité, lorsqu’elle se concentre sur les objectifs de l’entreprise qu’elle est censée servir, l’informatique renforce et amplifie toute différenciation. Elle maximise les avantages qu’une organisation tire de son business modèle; elle améliore ses procédures, elle a un effet de levier sur les savoir-faire, elle rationalise et modernise l’exécution des tâches avec pour seul objectif d’assister une entreprise à renforcer ses avantages. Voilà comment, grâce à une intelligente utilisation de l’outil informatique, les entreprises obtiennent un avantage concurrentiel. Et cela, vos concurrents ne peuvent l’obtenir en signant un bon de commande!

Les entreprises ont besoin de l’informatique, de responsables qui savent conceptualiser, qui osent emprunter de nouveaux chemins qui favoriseront la réalisation des objectifs de l’entreprise grâce aux progrès de la technologie. Quels que soient les problèmes du quotidien, il faut garder un regard vers l’avenir! Si Nicholas Carr recommande une attitude défensive par rapport aux investissements informatiques, il oublie que la meilleure défense est souvent une bonne offensive.